|
Extrait de l’édition du 12 mai de « l’ humanité » article de Marie-José Sirach Il y a de la délocalisation dans l’air. Chaque jour, on repousse les forains et les gens du cirque un peu plus loin. Un peu plus loin des centres-villes devenus zones piétonnières, un peu plus loin des quartiers. À l’ère du tout-loisir, on construit à coups d’argent public des parcs de loisirs, mais aussi les autoroutes et les trains qui vont avec. Plus question d’accueillir sur la place du village, du quartier, les foires, les marchés, les cirques et les fêtes foraines.
Aujourd’hui, il est plus rentable - mais jusqu’à quand ? - de construire des parkings payants, incompatibles avec l’accueil de manèges et autres caravanes. Alors hier, la grande roue de la foire du Trône n’a pas tournée. Les autos tamponneuses n’ont rien tamponné du tout. Silence du côté du train fantôme et autres attractions terrestres. Pas un manège n’a fonctionné, à Paris comme dans tous le pays. Plusieurs milliers de forains et de gens du cirque se sont retrouvés en fin de matinée dans les allées de la foire du Trône, pour exprimer leur colère devant l’aggravation de leurs conditions de travail. Venus de tous les départements à l’instar de Riva, Bruche, Novis et Rozel, cinq gaillards du Pays basque, « forains de père en fils depuis cinq générations », tous sont inquiets pour l’avenir de leur métier. « À Bayonne, on nous a supprimé une fête d’un mois et on parle d’en fermer une autre. » Tous les cinq ont le sentiment qu’on « ne veut plus de forains ni dans les villes, ni dans les quartiers, ni dans les villages ». Et si rares sont les élus qui les défendent, la plupart « sous la pression de quelques riverains - mais chaque riverain est un électeur potentiel - préfère céder ». Ils regrettent le refus du dialogue. « Difficile, voire impossible de les rencontrer. Peut-être parce qu ils savent que, quelque part, on a raison : la fête est un droit. » Une fête en moins dans le calendrier, « c’est deux mois de salaires en moins ». Entreprise tout ce qu’il y a de familiale, elle fait vivre parents et enfants qui « sont allés à l’école des forains. Si la situation ne cesse de se dégrader, quel sera l’avenir pour nos enfants ? ». Tous ont le sentiment d’être floués. Ils s’acquittent de nombreuses taxes, dont une d’habitation pour leurs caravanes. « Nous sommes des citoyens comme les autres. Nous payons nos impôts ; le coût du matériel ne cesse d’augmenter. Nous ne demandons aucune subvention, nous ne demandons qu’à travailler. » On compte près de 35 000 forains en France. Le chiffre des emplois directs et induits (tourisme, hôtellerie, petit commerce, fabricants de manèges, etc.) avoisine les 200 000. Hier, la manifestation parisienne espérait se rendre à l’Assemblée nationale. Il semble que la préfecture ne l’entendait pas de cette oreille. |